Son portrait. Sa vie. Sa vérité.
Une femme que l'Anti-Atlas a faite, et que rien n'a pu défaire.
Il naît, dans les vallées de l'Anti-Atlas, un type de femme qu'on ne fabrique nulle part ailleurs. Une femme que le soleil dur, la pierre sèche et le silence des montagnes ont sculptée de l'intérieur. Une femme qui sait ce que coûte l'eau, ce que pèse une récolte, ce que vaut un enfant nourri par ses propres mains.
Hajja Fatima Aït Moussa était cette femme-là.
Née en 1960 dans la commune d'Idmine, au cœur de la région d'Idaoutanane, ce territoire béni et rude à la fois, planté d'arganiers millénaires, à cinquante kilomètres au nord d'Agadir. Enfant, elle faisait déjà tout le travail de la maison, aidait dans la cueillette des fruits de l'arganier dans la forêt et apprenait l'extraction traditionnelle de l'huile. Pas par obligation. Par nature. Parce que c'est ce que les filles de ces vallées faisaient, et que Fatima le faisait avec une minutie, une application, une fierté tranquille qui n'appartenaient qu'à elle.
À seize ans, elle s'est mariée. Elle a eu quatre enfants. Sa vie conjugale était simple, pleine de joie. La joie des gens qui ne possèdent pas grand-chose mais qui savent exactement ce qui compte. La joie d'une maison qui sent le pain chaud, d'enfants qui grandissent, d'un homme qui rentre le soir.
Puis cet homme n'est plus rentré.
Son mari a quitté la vie dans des circonstances obscures. Ce tragique événement a marqué l'arrêt de la vie douce que Lhajja menait avec sa petite famille. D'un seul coup, tout s'est effondré. Il ne reste rien des fondations ordinaires d'une vie, plus de mari, plus de revenu stable, plus de protection sociale dans une société qui ne pardonne pas facilement la solitude des femmes. Tout devient complexe pour une veuve analphabète dans une société patriarcale. Une lourde responsabilité : les enfants, le commerce de son mari.
Elle avait quelques dizaines d'années. Elle avait quatre enfants. Elle avait les mains.
Et elle a tout reconstruit avec ça.
Dotée d'un courage et d'une résilience qui forcent le respect, Lhajja a surmonté des obstacles aussi hauts que les montagnes qui entouraient son village. Elle a appris le commerce là où son mari l'avait laissé. Elle a porté sur ses épaules ce qu'une femme de son époque, de sa condition, de son village, n'était pas censée porter. Et au lieu de s'y résigner, au lieu de plier sous le poids, elle a fait quelque chose que personne n'attendait d'elle :
Elle a pensé aux autres.
2004. Elle a réuni des femmes autour d'elle. Et tout a changé.
Afin de partager son savoir commercial avec les femmes de son village, Lhajja a créé la Coopérative Afoulki en 2004. Afoulki, le mot berbère pour le bien, le bonheur. Pas un hasard. Rarement un nom aura aussi fidèlement reflété l'intention de celle qui le portait.
Avec une trentaine de femmes au départ, la coopérative s'est construite pour valoriser et commercialiser l'huile d'argan biologique, avant d'élargir sa gamme à l'huile de figue de barbarie, l'huile de nigelle, les plantes aromatiques et médicinales, et le miel.
Ce projet, il a nécessité beaucoup d'efforts et d'investissements pour convaincre les femmes d'adhérer. Parce qu'on ne change pas facilement ce qui a toujours été. Parce que la confiance se gagne avec des actes, pas avec des discours. Parce que Fatima, elle-même, savait mieux que quiconque ce que ça coûte de tout recommencer.
Mais elle avait quelque chose que les discours ne remplacent pas : l'exemple. Sa propre vie était la preuve que c'était possible.
Afoulki est devenue une coopérative féminine agricole ancrée dans la région d'Idaoutanane, produisant des huiles d'exception reconnues aux niveaux national et international, engagée dans les meilleures pratiques de qualité, d'hygiène et de traçabilité.
Fatima en a été la présidente. Jusqu'au bout.
Elle est partie en 2019. Elle avait 59 ans. Trop tôt, toujours trop tôt pour ceux qui ne s'arrêtent jamais. Derrière elle : une coopérative debout, des centaines de femmes avec un revenu digne, une forêt d'arganiers qu'elle avait défendue saison après saison, et un fils, Aziz El Mehni, qui avait regardé sa mère vivre et qui avait décidé que cela ne pouvait pas s'arrêter là.
Une vie, une œuvre
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601960
Naissance à Idmine
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761976
Mariage
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·…
Veuvage, épreuve, reconstruction
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042004
Fondation d'Afoulki
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192019
Départ
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192019
Création de la Fondation HFAM par Aziz